lundi 5 novembre 2007

Commentaires & Critiques 3ème sélection du Prix des Lectrices ELLE 2008

En retard, que dis je, complètement à la bourre pour publier mes critiques et commentaires de cette 3ème sélection.
Je les ai bien évidemment rendus en temps et en heure à la Direction du magazine, mais étant en vacances ces derniers temps, je n'ai pas approché une seule seconde au doux monde d'Internet.
Me voilà revenue et voici donc mes commentaires.

Dans la catégorie Roman : "La femme de l'Allemand" de Marie Sizun
Une histoire dérangeante, mais tellement véridique. Marion, jeune enfant, vit aux côtés de sa mère maniaco - dépressive. Nous suivons pas à pas cette petite personne qui grandit dans un univers fusionnel et repoussant envers sa mère. Ballottée entre sa grande-tante, ses grands-parents maternels, sa mère et le fantôme d'un père inconnu, Marion nous renvoie à une personne qui porte le monde sur ses épaules. Une écriture qui m'a séduite et qui nous rapproche de cet enfant. Nous ressentons son admiration, ses peurs, ses colères. J'ai apprécié cette autre personne qui intervient pour nous conter ce récit.
Cela renforce l'atmosphère oppressante dans laquelle vit Marion.
Je suis totalement rentrée dans la peau du personnage. Une écriture poignante, une histoire riche en émotion, qui nous montre qu'il est tellement dur de vivre aux côtés d'une personne rongée par la folie, qui plus est, quand celle - ci se trouve être votre propre mère. La femme de l'allemand ou la transformation d'un monstre, comme le décrit si bien Marion. Le dilemme dans lequel vit Marion représente une prison dans laquelle la porte ne serait pas fermée. Nous comprenons pourquoi cette jeune fille devenue adolescente refuse tout contact avec sa mère, afin de se protéger. Pourtant elle espère toujours que sa maman redeviendra celle qui n'est plus habitée par l'autre. Mais c'est peine perdue, comme dirait l'autre. Partagée entre sa propre auto-défense afin de grandir librement et la culpabilité de laisser sa mère sombrer dans la folie, Marion apprendra à trouver ses propres fuites comme sa rentrée au lycée, ses grands-parents, son départ pour l'Allemagne, afin d'échapper aux tourments d'une vie sans fin.

Note : 16/20

Dans la catégorie Policier : "La souffrance des autres" de Val McDermid
Nous plongeons littéralement dans les enfers de la manipulation avec ce roman policier, qui, à mon sens, contient toute la crédibilité qu'il se doit. Une recette de cuisine menée à bien, qui tient compte d'un litre de sang, d'une louche de mutilation, d'un chaudron de suspens, et d'une pincée de complicité. L'auteur nous fournit un travail de recherche méticuleux dans plusieurs domaines. Disparition d'enfants, tueurs en série se profilant dans l'univers des prostituées, déviations mentales ... Val McDermid possède cette qualité de savoir tirer les ficelles de son macabre scénario et de manipuler ses personnages avec brio. Une écriture qui maintient le suspens, l'auteur change très souvent le décor et nous brouille les pistes en y interférant différents protagonistes. Les deux enquêtes s'entrecroisent et nous permettent de reprendre notre souffle. Le duo Jordan/Hill, reste simple et sans chichi. Nous prenons plaisir à suivre cette complicité, si forte soit elle. Aucun personnage n'est là par hasard, et tous possèdent un je ne sais quoi pouvant les rendre tour à tour complice, ou meneur de jeu. Aucun n'est laissé de côté et chacun participe à brouiller les pistes. L'auteur réussit à merveille ce petit jeu qui est de confronter les peurs et les faiblesses de chacun. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre d'un seul trait. A conseiller fortement.

Note : 16/20

Dans la catégorie Essai : "La maison du retour" de Jean Paul Kauffmann
Les Landes, une région que j'affectionne tout particulièrement, que j'ai découvert il y a peu mais qui m'attire depuis, chaque été. Un esprit sauvage qui ne demande qu'à être adopté. C'est le message que fait passer l'auteur, qui se compare à cette maison, à cette forêt de pin, à ce caractère tempétueux. Jean-Paul Kauffmann, ayant été emprisonné 3 ans au Liban en tant que journaliste, redécouvre "sa liberté", au travers d'un changement de domicile, en quittant la Sologne. Il ne cesse de chercher en vain la maison de ses rêves. Jusqu'au jour où elle lui tombe dessus un peu par hasard. Femme et enfants l'accompagnent à leur manière dans cette quête, parfois tordue, parfois compréhensible. Il y redécouvre une vie sociale, entouré de deux maçons (qui rénovent sa maison), qui vont l'aider sans qu'il le sache à réapprivoiser la nature humaine. Une écriture hachée, solitaire et souvent même humoristique qui nous fait vivre le quotidien d'un homme qui réapprend la construction de soi en même temps que la réalisation de sa maison. Un livre qui panse les blessures d'un homme encore sous le choc de ce qu'il a vécu. D'ailleurs, il y a ce sentiment de vouloir tourner la page sur son passé de captif, puisqu'il n’y évoque que très rarement son enfermement. Il y fait juste des comparatifs avec des ressentis qu'il peut avoir à certains moments et nous parle en fin de chapitre de ce qu'il se passe dans le monde Islamique avec l'évocation de la sortie du livre de Rushdie "Les versets sataniques". On y sent ce désir de vouloir se raccrocher encore un peu à un vécu, par le fait de suivre uniquement ce type d'information à la radio. J'ai affectionnée la lecture de cet essai. On s'y sent au calme et en paix avec cette nature si bien décrite. Pour moi, si je peux émettre un comparatif de genre, je dirai que Jean-Paul Kauffmann est le nouveau Patrick Süskind, lorsqu’il évoque la nature. Je sentais les pins, les tilleuls, et autres environnements champêtres en même temps que l'auteur nous les décrivait. Un livre humble et positif, qui ouvre de nouvelles portes sur une nouvelle vie.

Note : 16/20

Je mettrai en ligne dès demain la 4ème sélection du Prix ELLE, ainsi que les résumés de chacun des livres.
Bonne journée

2 commentaires:

marie a dit…

Oui ce mois-ci, cette livraison était un bon cru. J'ai beaucoup aimé le livre de Marie Sizun, apprécié le policier mais surtout j'ai craqué pour La Maison du Retour!

Faustine a dit…

@Marie : Je confirme ce que tu dis car je pense la même chose. Moi aussi coup de coeur pour l'essai de Kauffmann
A +